Calculer la rentabilité de son site internet
On juge souvent son site sur une impression : il « marche bien », ou il « ne sert pas à grand-chose ». La rentabilité d'un site internet se calcule pourtant avec quelques chiffres que vous connaissez déjà, ou presque. Voici la méthode, un exemple fictif pour la rendre concrète et ce qu'il faut mesurer ensuite.
Étape 1 : le coût réel du site sur trois ans
Un site sert plusieurs années, d'où l'intérêt de raisonner sur trois ans plutôt que sur le seul prix de création. Additionnez les postes suivants :
- la création, options comprises ;
- les frais annuels : nom de domaine, hébergement, maintenance, multipliés par trois ;
- les abonnements liés au site, comme un outil de réservation ou de prise de rendez-vous ;
- votre temps, si vous voulez être complet : les heures passées sur les contenus et les mises à jour.
Si vous récupérez la TVA, raisonnez en hors taxes, et si le nouveau site remplace un ancien abonnement ou une dépense publicitaire, déduisez ce que vous économisez. Le détail de ces postes figure dans l'article sur le prix d'un site internet, et le configurateur de devis donne le coût de création d'un projet précis.
Étape 2 : ce que vous rapporte un client
Le chiffre utile est la marge, c'est-à-dire ce qu'il vous reste une fois payés les produits, les matériaux ou la sous-traitance liés à la vente. Un artisan raisonnera sur un chantier moyen, un restaurant sur une table moyenne, un coach sur un forfait de séances. Pour un indépendant qui vend surtout son temps, la marge se rapproche du prix facturé, diminué des frais directs comme les déplacements.
Pensez aussi aux clients qui reviennent. Un habitué qui dîne chez vous plusieurs fois par an, ou un particulier qui vous rappelle pour un second chantier, rapporte bien plus que son premier achat. Si vous connaissez cette fidélité, intégrez-la ; sinon, restez prudent et comptez un seul achat par client.
Étape 3 : le nombre de clients pour rentrer dans vos frais
Le calcul tient en une division : le coût du site sur trois ans, divisé par la marge par client. Le résultat indique combien de clients venus grâce au site il vous faut, sur trois ans, pour le rembourser.
Voici un exemple fictif, avec des montants choisis uniquement pour illustrer la méthode. Un site coûte 1 200 € HT à la création, puis 100 € HT par an d'hébergement et de nom de domaine, soit 1 500 € HT sur trois ans.
- Pour un artisan dont un chantier moyen laisse 300 € de marge : 5 clients en trois ans, moins de deux par an.
- Pour un restaurant dont une table de deux laisse 25 € de marge : 60 tables en trois ans, moins de deux par mois.
- Pour un coach dont un forfait laisse 150 € de marge : 10 forfaits en trois ans, un peu plus de trois par an.
Comparez ensuite ce seuil à la réalité : combien de nouveaux clients vous ont trouvé en ligne l'an dernier ? Si le seuil paraît hors d'atteinte, réduisez le coût de départ en limitant les options, ou travaillez ce qui fait venir les clients jusqu'au site.
La même division fonctionne pour une option précise, comme la prise de rendez-vous en ligne ou un module de réservation : le prix de l'option d'un côté, la marge par client de l'autre. Vous saurez vite si l'option se justifie, avant même de compter le temps gagné au téléphone.
Ce que le calcul ne montre pas
Certains apports d'un site se chiffrent mal. Les appels évités, parce que les horaires, la carte et les tarifs sont en ligne, vous libèrent du temps. Un site soigné rassure aussi les clients venus par le bouche-à-oreille qui vérifient avant d'appeler, et les candidats quand vous recrutez. Gardez ces effets en tête sans les ajouter au calcul : le seuil reste plus honnête s'il repose sur des clients que vous pouvez compter.
Un effet, en revanche, se chiffre facilement : les commandes ou les réservations prises en direct, quand elles passaient auparavant par une plateforme rémunérée à la commission. Si c'est votre cas, ajoutez au calcul les commissions économisées sur ces ventes.
Mesurer les résultats, trimestre après trimestre
Le calcul de départ n'a de valeur que si vous suivez les résultats. Quelques indicateurs simples suffisent :
- la question posée à chaque nouveau client : « Comment m'avez-vous trouvé ? », avec la réponse notée dans un tableau ;
- les demandes reçues par le site : messages du formulaire, réservations, commandes ;
- les statistiques de votre fiche Google : appels, demandes d'itinéraire et clics vers le site ;
- les clics depuis les résultats de recherche, visibles dans Google Search Console.
Pour les appels, certains outils de statistiques comptent aussi les appuis sur le numéro de téléphone affiché sur le site. Faites le point tous les trois mois : au bout d'un an, vous saurez si le site a atteint son seuil, et quelles pages ou quels services méritent d'être renforcés.
Ouvrez un tableau avec trois colonnes : date, client, origine. Le remplir prend quelques secondes par client, et au bout de quelques mois vous aurez une réponse fiable à la question de départ.
Faire le calcul dès aujourd'hui
- Additionnez le coût de votre site sur trois ans, tous frais compris.
- Estimez la marge laissée par un client moyen, sans compter ses éventuels retours.
- Divisez le premier montant par le second, puis ramenez le résultat à un nombre de clients par mois.
- Dès cette semaine, demandez à chaque nouveau client comment il vous a trouvé.